Raison d'être & sens

Changer l'esprit, rompre les chaînes mentales
Julia de Funès
Philosophe
Photo : © Hannah Assouline — Éditions de l'Observatoire
À quoi bon les remaniements si l'esprit qui gouverne reste le même ? En politique comme en entreprise — comme dans la formation — aucune transformation durable ne naît d’un décret. Elle suppose de toucher à l’esprit qui gouverne : cette manière de penser, d’évaluer, de décider.
L’époque actuelle avec ses remaniements successifs nous enseigne une chose essentielle : ce ne sont pas les hommes qu’il faut changer, mais l’esprit qui les anime.
Car on le voit, à quoi bon renouveler les visages si l’on conserve le même état d’esprit ? Tant qu’on ne touchera pas en politique comme en entreprise à l’esprit qui gouverne — cette manière de penser, d’évaluer, de décider — rien ne changera vraiment.
Montesquieu l’avait compris : chaque régime repose sur un esprit général, un ensemble de mœurs, de croyances et d’habitudes collectives qui le rendent possible. Tocqueville, un siècle plus tard, reprendra l’idée : la démocratie n’est pas seulement un régime, c’est une mentalité, un climat intérieur. Ces deux penseurs rappellent qu’aucune transformation durable ne naît d’un décret. Faire évoluer l’état des choses suppose de changer l’esprit général des dirigeants. Cela exigerait de rompre avec quelques chaînes mentales, qui ôtent à la pensée sa vigueur et à la lucidité sa puissance.
Redonner un esprit, un souffle politique et entrepreneurial à notre pays consisterait, entre autres, à refuser la moralisation facile, la soumission technocratique, l’individualisme forcené, l’absurdité normative et le clanisme de la pensée. Ce sursaut ne viendra ni d’un décret ni d’injonctions, mais d’un courage politique et d’un travail exigeant de la pensée. C’est ce à quoi ici je m’attellerai.
Paru dans La revue de l'Établi, n°1, page 17.