Raison d'être & sens

L'apprentissage en 2035 : un idéal à portée de volonté
Antoine Foucher
Président de Quintet Conseil, associé fondateur d'Oqtave
Photo : © LEBAN
Et si c'était un choix collectif assumé ? En 2035, avec une volonté politique au rendez-vous, l'apprentissage pourrait être une voie choisie et fière — pas une voie de remédiation. La trajectoire existe. Il manque surtout la décision de la tenir.
Depuis la loi du 5 septembre 2018, le nombre de jeunes en apprentissage a quasiment triplé, permettant à plus de 800 000 jeunes de se former en travaillant, d’aller plus loin dans leurs études grâce à leur travail, d’être plus libres de choisir leur métier et fiers d’eux-mêmes. Si les fondements de la loi de 2018 ne sont pas remis en cause, et si les budgets sont régulés — ce qui est nécessaire — mais pas sabotés — ce qui est la pente naturelle de tout arbitrage budgétaire sans vision de long terme — où pourrions-nous être en 2035 ? Description d’un idéal à portée de volonté.
2035 : l'apprentissage réconcilié avec lui-même
L’apprentissage n’est plus la voie de remédiation : c’est une voie de formation à part entière, que conseils de classe et services d’orientation recommandent sans réserve. Notre pays a perdu son préjugé pro-scolaire, il s’est modernisé pédagogiquement, à l’image de la Suisse et de l’Allemagne. Le taux de chômage des jeunes est parmi les plus faibles d’Europe, les filières professionnelles rendent fiers jeunes et familles.
L’apprentissage couvre tous les niveaux, du CAP au master — parce que la France n’a pas pour autant copié le modèle allemand : on peut passer tous les diplômes, à tous les niveaux, dans tous les territoires, en apprentissage. C’est une pédagogie alternative à la pédagogie scolaire. La formation à distance, longtemps suspecte, est devenue une chance : hybride pour la plupart, intégrale parfois. Elle met la France en peloton de tête européen, aux côtés de la Suède et des Pays-Bas. L’innovation pédagogique est devenue une discipline en soi : services R&D dans les CFA, partenariats avec les neurosciences, et record de médailles à WorldSkills 2034.
Un système stabilisé et simplifié
Les règles financières ont enfin été stabilisées. NPEC qui ont convergé autour d’une valeur pivot, modulables à la marge par branches ; aide unique exprimée en pourcentage du SMIC ; crédit d’impôt « éducation » sur le modèle du CIR. Le système qualité repose désormais sur trois piliers : Qualiopi consolidé, contrôle de service fait, indicateurs publiés sur une plateforme unique. L’IA détecte les fraudes.
Tout n’est pas parfait. Les préjugés historiques perdurent, de vieux réflexes continuent de classer, de distinguer, de mépriser. Mais il fait bon vivre en France pour les jeunes, ou du moins ils sont contents de ne pas avoir connu le système des années 2020. Ils connaissent les taux d’emploi, les salaires, les formations, les établissements avant de choisir leur formation. Ils sont accompagnés, ils peuvent choisir de façon éclairée, même quand leurs parents ne connaissent pas le système et ses astuces. Ils ont le sentiment que le pays investit sur eux, que leur formation est une priorité nationale, que la nation leur fait confiance pour tester, essayer, échouer, se relever, recommencer, choisir un travail qu’ils aiment et dans lequel ils s’épanouissent, pour éventuellement en changer quelques années plus tard.
Qu’il semble loin le temps où Parcoursup angoissait toute la famille, parce que les diplômes déterminaient le parcours de toute la vie.
Paru dans La revue de l'Établi, n°1, page 16.