Le manifeste — Conseil d'orientation, avril 2026
L'étudiant comme point de départ.
La vocation comme boussole.
La souveraineté comme horizon.
La manière dont un pays forme sa jeunesse engage son avenir. En France, l’enseignement supérieur professionnel forme une part croissante de cette jeunesse, et demeure pourtant un angle mort du débat public.
On le mesure par ses effectifs, rarement par ses finalités.
On l’interroge sur sa place, jamais sur ce qu’il rend possible.
Ce silence a un coût.
Il brouille les choix des jeunes et de leurs familles. Il prive les entreprises d’une lecture claire des compétences disponibles. Il laisse la décision publique avancer sans boussole. Et il fragilise, in fine, la souveraineté économique du pays.
Or c’est au cœur de ce champ que se jouent les transformations les plus rapides du travail : l’intelligence artificielle qui redéfinit les métiers, l’apprentissage qui a changé d’échelle, une vie professionnelle où l’on n’a jamais fini de se former. Ces mutations dépassent les seules filières professionnalisantes : elles engagent la recherche et la gouvernance de tout un système éclaté. Aussi, aux côtés de nombreux acteurs, privés ou publics, l’université tient une place particulière que nous défendrons également : ses moyens, ses missions, l’avenir long qu’elle prépare relèvent du même investissement de la Nation que les métiers d’aujourd’hui.
L’Établi naît de ce constat et d’une conviction : toute formation est une vocation.
Pas seulement celles qu’on qualifie de « professionnelles ». Pas seulement celles qui mènent à un métier immédiatement identifiable. Toute formation est une promesse faite à un jeune : celle de l’aider à trouver sa place dans le monde, à développer ce qu’il a d’unique, à contribuer à faire société.
C’est pourquoi nous parlons d’enseignement supérieur « à vocation », sans adjectif réducteur ni hiérarchie implicite. Non pour effacer les spécificités mais pour les replacer là où elles méritent d’être : au cœur d’une réflexion sur le sens même de la formation.
Ni porte-voix corporatiste, ni contre-voix polémique : un tiers de confiance qui observe, compare, documente et propose. Une maison commune pour penser la formation autrement.
L’étudiant comme point de départ. La vocation comme boussole.
La souveraineté comme horizon.
I — Ce que nous voyons
Le marché du travail se transforme à une vitesse que les institutions et organismes de formation peinent à suivre. L’intelligence artificielle redistribue les tâches, les transitions écologiques et industrielles font émerger de nouveaux métiers et pendant ce temps, les tensions de recrutement coexistent avec un chômage persistant des jeunes diplômés.
La France forme, mais elle ne forme pas toujours en cohérence avec ses propres besoins.
À cela s’ajoute un choc démographique silencieux qui redessinera la carte des établissements et interrogeant leur soutenabilité.
La question de ce que la Nation consent à investir dans la formation de sa jeunesse reste ouverte.
Le débat sur le collège, premier verrou de l’orientation, reste suspendu. Celui sur les imaginaires associés aux métiers techniques et industriels n’a jamais vraiment commencé.
Et la question de savoir ce que signifie accompagner une vocation à l’heure de l’IA, dès le post-bac, en situation professionnelle, est à peine posée.
Face à ces mutations, les acteurs de ces écosystèmes produisent chaque jour des réponses concrètes. Mais ces réponses restent largement illisibles pour les pouvoirs publics, mal comprises du grand public, et insuffisamment documentées pour servir de base à la décision collective.
II — Ce que nous croyons
Nous croyons qu’une vocation se construit et que c’est le rôle de la formation de l’accompagner, pas de la prédéterminer. Un étudiant arrive rarement avec une vocation toute faite : il arrive plutôt avec des intuitions, des aspirations, des doutes. La formation à vocation n’est pas celle qui impose une direction mais celle qui donne les moyens de la trouver.
Nous croyons qu’il n’y a pas de hiérarchie légitime entre les vocations. Celle qui mène à concevoir un bâtiment, à soigner, à entreprendre, à défendre, à transmettre un savoir ou un savoir-faire est aussi noble que celle qui mène à la recherche fondamentale. L’université prépare l’avenir long ; l’enseignement supérieur professionnel prépare aux métiers d’aujourd’hui et de demain. L’un ne remplace ou ne supplante pas l’autre. Ils se complètent et doivent avancer de concert.
Nous croyons que la vocation est aussi une responsabilité collective. Elle engage les établissements, qui doivent tenir leurs promesses. Elle engage les entreprises qui ne peuvent se contenter de constater les inadéquations : elles en sont partie prenante, et aussi partie prenante de leur résolution. Elle engage les territoires et l’État, qui fixent les conditions dans lesquelles ces vocations peuvent s’épanouir ou s’éteindre. Aucun acteur, seul, ne peut prétendre former des vocations dans un monde qui se transforme aussi vite.
Nous croyons enfin que l’étudiant doit redevenir le point de départ. Non pour répondre à sa place aux questions qu’il se pose, mais pour les poser avec lui. Un jeune qui choisit sa voie en connaissance de cause est un jeune mieux armé. C’est aussi une société mieux orientée et préparée aux défis à venir.
Encore faut-il que ce choix soit réellement ouvert à tous, quels que soient le territoire, le milieu, le genre.
III — Ce que nous ferons, et comment
Notre engagement est méthodologique autant qu’éditorial.
Nos travaux s’organisent autour de cinq axes indissociables : gouvernance, orientation, souveraineté économique, recherche et social. Chacun fera l’objet de contributions, de tribunes, de controverses et d’analyses dans notre revue. Ils nourriront également des formats prospectifs, des scénarios sur l’avenir de l’enseignement, des événements ouverts à l’ensemble de l’écosystème.
Nous partirons du terrain. Avant les grands cadres, les problématiques concrètes : celles des jeunes qui s’orientent, des candidats qui cherchent, des recruteurs qui peinent, des enseignants qui adaptent. Nous irons dans les établissements, auprès des jeunes, dans les entreprises, dans les territoires, y compris ceux que la démographie fragilise ou que le débat public néglige.
Nous comparerons sans complaisance. Avec rigueur, sans réflexe corporatiste, en mobilisant les meilleures pratiques européennes et internationales. Ce qui fonctionne ailleurs mérite d’être documenté ; ce qui doit être amélioré ici mérite d’être nommé.
Nous proposeronsdes recommandations mesurables prioritaires et activables à l’adresse des pouvoirs publics comme des décideurs économiques, hiérarchisées et assumées.
Nous le ferons dans le dialogue avec des voix diverses, y compris contradictoires. Nous refusons l’entre-soi autant que la polémique stérile. La qualité du débat démocratique sur la formation est une condition de la qualité des décisions qui en découlent.
IV — Ce que nous visons
L’ambition de L’Établi est de s’inscrire dans la durée : accompagner les transformations de l’enseignement supérieur à vocation sur le long cours, au-delà des cycles électoraux, aussi longtemps que le sujet restera sous-investi dans le débat public.
D’ici là, nous publierons, nous rencontrerons, nous écouterons. Nous tiendrons le cap d’une exigence : contribuer à ce que la formation cesse d’être un sujet de second rang dans la construction de l’avenir français et européen.
« Il est temps de remettre la formation sur l'Établi. »