Compétences & société

Repenser les frontières : former les décideurs à l'ère technologique
Isabelle Huault
Présidente du directoire et directrice générale d'emlyon business school
Data, intelligence artificielle, robotique, quantique : la technologie redessine tous les métiers de la décision. Les écoles de management n’ont pas à changer de vocation pour autant — elles doivent la réaffirmer en l’adaptant.
Les transformations technologiques, sociales, environnementales et économiques bouleversent en profondeur nos sociétés. Elles obligent les écoles de management à repenser leur rôle, mais aussi leurs modes de formation et leur inscription dans des écosystèmes élargis. Pour rester en prise avec des réalités en mutation rapide, elles doivent se reconnecter en permanence aux dynamiques qui façonnent le monde.
Former des décideurs capables de transformer les organisations et d’avoir un impact positif sur la société demeure la vocation d’une école comme emlyon. Cela suppose des fondamentaux solides en management, en finance ou en stratégie. Mais cela ne suffit plus. Face à la complexité des enjeux contemporains, l’hybridation des compétences s’impose. La technologie n’est pas une fin en soi : elle constitue un levier au service d’une économie plus résiliente, d’une société plus équitable et d’une transition environnementale réussie ; une approche pleinement « tech for good ».
Dès lors, le défi est clair pour les business schools : faire de la technologie un élément constitutif de la formation managériale. Non pas comme une compétence parmi d’autres, mais comme un facteur de transformation des manières d’apprendre, de décider et d’agir. Les entreprises évoluent rapidement, et la pénurie de compétences technologiques s’installe durablement. De nouveaux métiers émergent, à la croisée de la data, de l’intelligence artificielle, de la robotique ou encore du quantique.
Former des leaders qui façonnent la technologie
Former les décideurs d’aujourd’hui implique ainsi de développer des profils hybrides : capables de comprendre des architectures technologiques, de dialoguer avec des experts, d’anticiper des évolutions rapides, d’en mesurer les impacts et d’arbitrer dans des environnements incertains. Cette capacité à relier les savoirs, à croiser les disciplines et à donner du sens devient centrale.
C’est dans cette perspective qu’emlyon franchit une nouvelle étape avec la création d’une Tech School. Son ambition est sans ambiguïté : placer la technologie au cœur de la formation manégariale, pour former celles et ceux qui la penseront, la gouverneront et la transformeront, plutôt que de la subir.
Remettre les compétences humaines au cœur
Les évolutions technologiques ne transforment pas seulement les contenus : elles invitent aussi à repenser les démarches pédagogiques. Au-delà de la transmission de connaissances, il s’agit de former des esprits critiques, créatifs et responsables, capables de prendre des décisions éclairées dans un monde incertain.
Forte de sa tradition entrepreneuriale, emlyon a développé une pédagogie singulière fondée sur l’apprentissage par l’action. Former des « makers » capables d’innover et de transformer suppose aujourd’hui de les préparer à évoluer dans des environnements technologiques exigeants et en constante évolution.
La créativité ne naît jamais d’une seule discipline. Elle émerge au croisement des savoirs, de la confrontation des approches, du dialogue entre sciences, technologies, management et sciences sociales. C’est dans ces espaces hybrides que se construisent les réponses aux grands défis contemporains.
Réaffirmer la vocation des business schools
Les écoles de management n’ont pas à changer de vocation : elles doivent la réaffirmer en l’adaptant à leur époque. Ignorer la dimension technologique constituerait aujourd’hui un aveuglement stratégique.
Décloisonner les savoirs, ouvrir les formations, reconnecter l’apprentissage aux réalités du monde : c’est cela, repenser les frontières. C’est former des décideurs capables non seulement d’accompagner les transformations, mais d’en orienter le cours.
Dans une économie profondément « technologisée », l’enjeu n’est pas tant de produire toujours plus de technologie. Il est de former celles et ceux qui sauront la comprendre, la maîtriser et la mettre au service de l’intérêt général.
Paru dans La revue de l'Établi, n°1, page 34.