Compétences & société

Des vertus de l'écoute
Youssef Halaoua
Directeur du campus de Sciences Po Menton
Photo : © Gisèle Bella
On forme les jeunes à parler : Grand oral, concours d’éloquence, prises de parole en public. Mais qui les forme à écouter ? Sur le campus de Sciences Po à Menton, 65 nationalités coexistent dans un campus où les guerres font rage entre les pays dont sont originaires les étudiants. Une question pédagogique. Une question de société.
Être à l’écoute du marché. Rester à l’écoute de ses collaborateurs. Mise en place de cellules d’écoute pour gérer des crises.
L’écoute est une qualité professionnelle, peut-être plus importante encore en situation de responsabilité ou de management.
La prise de parole en public est de plus en plus enseignée. Une épreuve de Grand oral figure au programme du baccalauréat depuis 2021. A l’instar des Model United Nations ou des concours d’éloquence, les étudiants sont très friands des moments qui leur permettent de s’exercer à la prise de parole en public.
Mais qu’en est-il de l’écoute ? Dans une société de plus en plus fracturée, où les certitudes tendent à l’emporter sur l’esprit de nuance, comment former la jeunesse à cette qualité indispensable ? Quelle est la responsabilité d’une université ?
Autant de questions qui sont au cœur du projet pédagogique du campus de Sciences Po à Menton.
L'écoute comme pédagogie du monde
Iran, États-Unis, Israël, Palestine, Liban, Ukraine, Russie… : 65 nationalités sont représentées parmi les 400 étudiants du campus. Comment garantir la sérénité des études et des relations entre les étudiants alors même que la guerre oppose les pays dont ils sont originaires ?
Qu'il s'agisse de cours, de conférences, de formations ou encore de visites hors les murs, nous tentons de former les étudiants à l'écoute. Une écoute qui laisse la place à l'altérité, à sa singularité, à son histoire. C'est peut-être là la responsabilité première de l'enseignement supérieur aujourd'hui : non pas seulement transmettre des savoirs, mais former des personnes capables d'habiter un monde fracturé sans le réduire à leurs propres certitudes.
Paru dans La revue de l'Établi, n°1, page 31.